L’hôte de mon hôte
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 141 de Philosophie magazine « Le bonheur est dans le près », en kiosque le 17 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Vis-à-vis de la nature et des animaux, l’être humain se comporte souvent en maître des lieux. Mais n’est-il pas plutôt un invité transgressant sans vergogne les règles de l’hospitalité ?
Ce n’est pas eux qui vivent chez vous, c’est vous qui vivez chez eux. Voici une vérité qu’expérimentent tous ceux qui cohabitent, de près ou de loin, avec des animaux. Le merle qui fait son nid dans la cour de l’immeuble, la famille de renards qui a élu depuis peu domicile au cimetière du Père-Lachaise à Paris semblent s’aventurer gracieusement, subrepticement, sur le territoire des humains. Nous, les maîtres des lieux, les invitons à rester, avec un mélange de fierté et d’angoisse, pensant aux autres. À tous les autres. Ceux qui ont cramé dans les forêts australiennes ou se noient sur des banquises fondues. Ceux qui disparaissent, comme les jeunes au regard liquide dont on placarde les photos dans les films policiers par dizaines de milliers. Nous avons le sentiment, réconfort provisoire, d’accueillir chez nous quelques-uns de ces réfugiés. Nous sommes leur hôte, croyons-nous, au sens du mot latin hospes, celui qui accueille.