Époque contemporaine
Mais où les somnambules ont-ils la tête ?
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Que se passe-t-il dans cet état intermédiaire entre le rêve et la veille ? L’esprit ne dirige plus les mouvements, mais le somnambule n’est pas tout à fait inconscient… Olivier Schefer décrypte cette énigme qui a passionné les romantiques.
Comment appréhender l’expérience étrange du somnambulisme ?
Ce phénomène révèle avant tout un état de crise chez le sujet, encore inexpliqué aujourd’hui. Il arrive que le somnambule se mette lui-même en danger ou qu’il s’en prenne aux autres, sans pour autant le vouloir ni même le savoir. Le somnambulisme manifeste un désordre fondamental et pathologique dans les rapports classiques entre l’âme et le corps, qu’on a parfois identifié à de la folie. Ce n’est pas un hasard si ce noctambulisme a obsédé le romantisme à la fin du XVIIIe siècle, puis fasciné l’ensemble du XIXe siècle, disons jusqu’à l’invention moderne de l’hystérie
par Charcot. Avec la psychanalyse, il en sera moins question. Il est vrai que les prophéties des somnam-bules voyants, qui suscitaient l’admiration du monde savant et littéraire (Dumas, Gautier…), deviennent des symptômes névrotiques. Pourtant, si l’on dépasse -l’approche strictement clinique de la question, on pourrait dire que le somnambulisme ouvre la grande crise moderne du sujet et de l’identité, avant Freud, -Nietzsche et Deleuze. Maupassant l’avait bien compris dans Le Horla : le sujet somnambule se dédouble, son âme est captive et son corps sous influence – il devient la proie d’un être étranger et inconnu… lui-même.