Reportage au cœur du “Mélenshow”
Meeting immersif : la politique à l’état gazeux ?
Premier meeting de campagne pour Jean-Luc Mélenchon à Nantes, le 16 janvier 2022. Le leader de la France Insoumise (LFI) a présenté son programme devant 3500 personnes à travers un dispositif immersif et olfactif, une première mondiale. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Dimanche 16 janvier, à Nantes, le candidat de La France Insoumise à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, féru de nouvelles technologies, a inauguré une première mondiale : un meeting politique immersif et olfactif. Notre journaliste Antony Chanthanakone s’y est rendu et raconte cette expérience inédite, tout en s’interrogeant sur le mélange singulier de politique, d’art et de spectacle qu’elle propose.
Acte I : la pièce de théâtre insoumise
Il fait très froid à Nantes, en ce dimanche d’hiver. La brume couvre le paysage : on n’y voit rien à 20 mètres. Pourtant, dès 11 heures du matin, une petite centaine de militants de La France insoumise (LFI) font la queue devant le parc des expositions. Ils sont emmitouflés dans de longs et épais manteaux. Pour se réchauffer, on se blottit les uns contre les autres. Les gourdes isothermes de café crachent leur fumée. On chante des chants révolutionnaires, d’ici et d’ailleurs, pour se donner le courage de supporter ce temps glacial. Il faut dire que la ville de Jules Verne recevait une première mondiale : un meeting politique, annoncé comme « immersif et olfactif » ! D’après Manuel Bompard, coordinateur du mouvement des Insoumis, l’idée est venue à l’équipe de campagne avec l’éclosion de l’art immersif dans les théâtres, musées et expositions. « Pourquoi pas en faire un meeting politique ? » se demandent alors les responsables de la campagne. Voici le résultat.
“La politique se meurt si elle ne parle pas de façon sensible”
Acte I : le meeting débute par une sorte de pièce de théâtre. Tout commence avec l’entrée en scène de Clémentine Autain, députée insoumise de Seine Saint-Denis. On doit le lui accorder : elle brûle les planches. À l’aise dans cet exercice, elle déclame un texte de l’écrivaine Annie Ernaux issu de son livre Retour à Yvetot (2013). Dans une mise en scène millimétrée et orchestrée entre autre par l’homme de théâtre Christophe Benedetti, comédiens et écrivains se succèdent pour réciter et incarner des textes littéraires, philosophiques ou politiques. Se côtoient, pêle-mêle, Édouard Glissant, Robespierre, Virginie Despentes, Jean Jaurès, Angela Davis. De quoi galvaniser les quelque 3 000 personnes réunies dans cette salle cubique. Les voix sont accompagnées par une profusion d’images, de textes et de photos sur les écrans.