Réforme des retraites

Michel Winock : “Avec le report de l’âge de la retraite, c’est le mythe du bonheur mérité qui est ébranlé”

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Michel Winock : “Avec le report de l’âge de la retraite, c’est le mythe du bonheur mérité qui est ébranlé”

Pour la première fois depuis douze ans, toutes les organisations syndicales ont appelé à manifester contre la réforme des retraites. CFDT, Unsa, CGT, CFE CGC, Union syndicale Solidaires, CFTC, FO, FSU, Unef, sur une même banderole. © Konrad K./SIPA

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Pour l’historien Michel Winock, spécialiste de l’histoire de la gauche et auteur de Gouverner la France (Gallimard, Quarto, 2022), la grève en cours depuis jeudi 19 janvier ravive une discorde éculée typiquement française : un État imperméable au dialogue hérité de l’Ancien Régime d’un côté, et une opposition poussée à la « radicalité » de l’autre.

 

Pour la première fois depuis douze ans, toutes les organisations syndicales ont appelé à manifester contre la réforme des retraites ensemble pour une “puissante mobilisation dans la durée”. Que révèle cette concordance, rare en politique ?

Michel Winock : Elle révèle l’hostilité profonde de l’opinion à la réforme proposée. Les syndicats s’appuient sur ce mouvement d’opinion que les sondages ont mis en évidence. Cette espèce d’unanimité est troublante parce qu’elle repose sur un déni de réalité, la réalité démographique et financière. Le ratio entre la population active et la population inactive ne cesse de se détériorer, chargeant de plus en plus les actifs pour financer les retraites dont bénéficie une population accrue par l’espérance de vie qui n’a cessé de progresser. Les derniers chiffres de la fécondité qui sont au plus bas ajoutent encore à terme au déséquilibre et au vieillissement de la nation. Il se peut qu’au fond d’elle-même une grande partie de la population soit consciente de la nécessité d’une réforme. Mais nous sommes devant un conflit intérieur, entre la lucidité qui se tait et le désir qui s’exprime.

“Nous sommes devant un conflit intérieur, entre la lucidité qui se tait et le désir qui s’exprime” Michel Winock

 

C’est surtout l’allongement du temps de travail, plus que la nécessité d’une réforme en soi, qui pose un problème. D’ailleurs, la dernière fois qu’il y a eu concordance entre les syndicats, c’était justement pour la retraite à 62 ans sous le président Sarkozy. Pourquoi est-ce un sujet qui suscite autant de conflits ?

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