Nature
Mystérieux, bourgeonnant et fragile : le corail, un animal en eaux troubles
La Grande Barrière de corail, en Australie. © Joan-Li/Unsplash
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La Grande Barrière de corail se meurt, alertait récemment un communiqué des autorités australiennes. Un nouvel épisode de blanchiment est en cours – le septième depuis 1998. Comment protéger ces étranges organismes ? Et si l’on commençait par essayer de les comprendre ?
60% à 75% des coraux sont menacés par le changement climatique. Leur disparition n’est pas seulement une perte pour la biodiversité. Comme le note une étude récente de l’université de Stanford, « les récifs coralliens en bonne santé fournissent des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux » qui incluent « la protection côtière contre les tempêtes, la régulation du climat, l’écotourisme et les pêcheries qui nourrissent les communautés ». S’ils venaient à s’éteindre, c’est par ailleurs tout un pan du grand arbre de la vie avec lequel nous perdrions contact. Et pas n’importe lequel, car les coraux sont des organismes tout à fait singuliers.
Gorgones, hydres : les appellations laissent peu de place au doute. Les coraux ont quelque chose d’un peu monstrueux. Monstrueux, parce qu’ils brouillent les lignes de partage entre les grands règnes des êtres. Sont-ils vivants ? Pas certain. Les grands récifs colorés qu’ils forment au fond des océans ressemblent à des structures minérales inertes. C’est d’ailleurs dans son Livre des pierres que Théophraste en parle. Le corail, note-t-il sans vraiment trancher, « ressemble à une pierre ». Est-il vivant ? Ce premier brouillage sera levé sans trop de difficulté : les « prodigieux monuments » coralliens dont nous faisons des parures et des décorations ne sont que l’« axe solide dépourvu de vie par lui-même d’une colonie de polypes », résumera Edmond Perrier dans Les Colonies animales et la formation des organismes (1881) : une sorte d’exosquelette qui abrite, en son sein, un ou des êtres bien vivant(s).
Du végétal à l’animal
Mais de quel genre est donc cet être ? Ici, pendant des siècles, scientifiques et philosophes s’opposent. Dans la mythologie grecque, le corail est une algue pétrifiée par la tête de Méduse, lorsque Persée la dépose sur le sol marin. L’idée que les coraux sont des végétaux dominera longtemps largement. Elle a, de son côté, les apparences. Les coraux ne se déplacent pas, semble-t-il. Ils ressemblent à des plantes. Les coraux, dit encore Théophraste, sont « comme des racines ». Ovide les considère comme des plantes flexibles dans l’eau qui durcissent à l’air libre. Tout au long du Moyen Âge, on parle de lithophyte, « plante-roche ». Marsigli réalise, plusieurs siècles plus tard, des expérience sur les « fleurs de corail » qui fascinent.