Covid-19
Nicolas Bauquet : “Le mauvais démarrage de la campagne vaccinale est le produit de notre suspicion collective”
Une infirmière s'apprête à administrer une dose du nouveau vaccin Pzifer-BioNTech contre le Covid-19 dans le cadre d'une campagne de vaccination pour les agents de santé âgés de 50 ans et plus, à l'hôpital Hôtel-Dieu, à Paris, le 2 janvier 2021. © Lewis Joly / JDD/SIPA
La lenteur de la campagne de vaccination qui a commencé en France suscite critiques et polémiques. De fait, alors que les Britanniques ont déjà vacciné près d’1 million de personnes et les Allemands 300 000, en une semaine en France, seuls quelques milliers de personnes ont été vaccinées.
Comment expliquer ce retard à l’allumage ? Les problèmes logistiques se mêlent à la complexité bureaucratique et aux protocoles de consentement. Mais est-ce que les causes ne sont pas plus profondes ? En décembre dernier, l’historien Nicolas Bauquet, que nous avions déjà interrogé cet été sur les leçons politiques de la crise du Covid, a publié avec la philosophe et économiste, Laure Millet, un rapport pour l’Institut Montaigne prémonitoire intitulé, « Vaccination en France : l’enjeu de la confiance ». Il avertissait sur le défi colossal – logistique, sanitaire, politique mais aussi médiatique – d’une campagne de vaccination dans un pays comme la France, où 50 % de la population affirme ne pas vouloir se faire vaccination.
Nous l’avons interrogé à nouveau au sujet la situation actuelle. Il livre un jugement sévère. En cause : l’impréparation politique d’un gouvernement qui s’est montré incapable de mettre en place une structure de pilotage associant tous les acteurs ; la tentation pour l’État de se conformer à des réflexes hérités du passé plutôt que de penser la nouveauté de la situation ; mais aussi l’état psychique de la société française dans son ensemble, en proie à un scepticisme très profond sur les vaccins, qui explique la raison pour laquelle elle n’a pas réussi à se mettre en ordre de marche, à la différence des autres nations européennes. « On a été tétanisé par les anti-vaccins », affirme-t-il.
Seule issue : faire de la réussite de cette campagne un objectif national partagé par tous, inventer un nouveau « narratif » axée sur ceux qui sont impatients de se faire vacciner et associer tous les acteurs, locaux, associatifs, privés, mais aussi l’opposition. À défaut, nous risquons une démobilisation généralisée… et une crise d’une plus grande ampleur encore. Un avertissement à lire de toute urgence.