Nicole Malinconi, Jacques André. Crimes de femmes
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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une écrivain et un psychanalyste – Nicole Malinconi et Jacques André – se sont intéressés aux femmes meurtrières. Tous deux s’accordent à critiquer les notions d’irresponsabilité et de libre arbitre en matière de psychologie criminelle.
La Belgique n’a pas oublié la frêle silhouette de Michelle Martin sur le banc des accusés, face à Marc Dutroux, père de ses enfants. En 2004, elle est condamnée à trente ans de réclusion pour association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration d’enfants ayant entraîné la mort et viol. Entre juin 1995 et août 1996, elle a accepté les tortures et assassinats perpétrés dans sa cave. Lorsque son mari est en prison, elle laisse mourir de faim deux fillettes dans un cachot. Indifférence ou absence à soi terrifiante ? Elle plaide la manipulation psychologique : « Marc Dutroux était mon gourou. » Elle a souhaité rencontrer l’auteur belge Nicole Malinconi pour écrire un livre à quatre mains. Un an plus tard, paraît Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël), avec la seule signature de l’écrivain : la criminelle s’est opposée à la parution du livre. À l’instar de Truman Capote avec De sang froid, Nicole Malinconi s’empare d’un témoignage direct pour en faire une fiction écrite à la deuxième personne du pluriel. L’écrivain devenue confidente s’y adresse à la meurtrière en quête de réhabilitation. Mu par ce même désir de comprendre la part obscure des individus, leur passage à l’acte, le psychanalyste Jacques André a rencontré, il y a vingt ans, en Guadeloupe, des criminelles. Aujourd’hui, il insère ces récits dans Folies minuscules, folies meurtrières (Gallimard). Tous deux partagent une certitude : ce n’est pas parce que le meurtrier s’installe dans le déni qu’il n’est pas coupable.
Nicole Malinconi : Ma rencontre avec Michelle Martin a été un concours de circonstances. Depuis vingt-cinq ans, je n’ai fait qu’écrire à partir du réel, je n’invente pas de fiction, je suis toujours partie de faits concrets, de l’hôpital dans lequel j’ai travaillé, de mes rencontres… J’ai toujours essayé d’atteindre quelque chose du non-dit, du difficile à dire, du mal dit. Lorsque j’ai appris, par l’intermédiaire d’un de ses avocats, que Michelle Martin souhaitait me rencontrer, je n’ai pas hésité, gardant l’idée que cela puisse s’arrêter dès notre premier entretien. J’y allais sans savoir, juste avec le désir de l’entendre. Pour moi, l’écriture ne se met à l’abri d’aucune question. Cependant, lors de notre premier face-à-face, Michelle Martin m’a dit qu’elle ne voulait pas revenir, dans un livre, sur ce qu’elle a commis, mais bien sur sa vie en prison. Or, pour moi, il était impossible de ne pas aborder cette interrogation fondamentale : comment elle, institutrice de formation, mère de trois enfants, a-t-elle pu laisser deux enfants mourir dans cette cave et accompagner silencieusement les crimes de Marc Dutroux ? Pour elle, tout cela était terminé, c’était une époque révolue. Dès l’origine, nous n’étions pas d’accord sur notre projet. Malgré cela, nous avons continué à nous voir, dans une sorte de confiance réciproque.
« Il existe une dangerosité de la maternité, de cette expérience psychique particulière : porter, engendrer un enfant. »
Jacques André