Entretien
Norman Ajari : “C’est une erreur de croire que seuls les racistes parlent de race”
© Collection personnellle
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Profondément marqué par Frantz Fanon dans sa jeunesse, Norman Ajari se revendique de la pensée décoloniale et veut refaire de l’identité noire un objet politique. Naturellement tourné vers des valeurs de gauche, il défend une vision originale de l’identité, à mi-chemin entre approche ethnique et approche sociale… mais déplore une perte de vigueur dans le camp des progressistes.
“En français, la notion de ‘gauche’ est devenue une simple identité, plus qu’une véritable conviction”
Êtes-vous de gauche ou de droite, Norman Ajari ?
Norman Ajari : Si j’examine mes convictions, on peut logiquement me rattacher à la gauche. Je suis en faveur du panafricanisme, du décolonialisme, du communisme, et favorable aux droits des personnes trans et des gays. Pendant plusieurs années, j’ai été membre du PIR (Parti des Indigènes de la République), que j’ai quitté depuis. Plus généralement, je me reconnais dans les luttes qui portent le projet d’une tradition radicale noire, et qui ont aussi un souci de la justice sociale. Il ne suffit pas d’être noir et de le revendiquer : à l’intérieur de la communauté noire elle-même, il y a de la bourgeoisie et des personnes qui n’éprouvent aucune solidarité envers les pauvres. Il est donc nécessaire d’avoir cette double approche ethnique et sociale. Toutefois, même si mes convictions me conduisent à gauche, je n’ai pas d’affection particulière pour la gauche. Je préfère largement la notion américaine de « Left », qui est beaucoup moins ambiguë. Être « leftist » signifie clairement être hostile à l’économie de marché telle qu’elle existe aujourd’hui. En français, la notion de « gauche » a perdu cette idée fondamentale. Elle est devenue une simple identité, plus qu’une véritable conviction.
“Il n’y a rien de naturel dans le clivage gauche-droite, aucune des valeurs défendues par ces deux camps ne sont des valeurs éternelles”