Pendant que j’y pense / décembre 2016 - janvier 2017

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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Acceptez-vous de me parler de l’âme ? » Seul un poète peut aujourd’hui accéder à cette étrange demande. Ou un religieux, ce qui ne serait plus philosophique. Auparavant, Platon, Aristote, Augustin et Pascal auraient répondu présent dans une longue tradition métaphysique. Entre-temps, il a fallu se battre pour que nier l’immortalité de l’âme ne soit plus interdit par la loi ! Des siècles d’emprise de l’Église nous ont fatigués de l’âme. Ne restent plus que des philosophes-poètes ou des poètes-philosophes, imaginatifs et sans zèle de croyants, pour se sentir concernés par le sujet : Bachelard, qui reconnaissait l’âme, tant dans la Poétique du rêve ou de l’espace que dans les ressorts cachés de l’esprit scientifique, « jouant le périlleux de la pensée sans support expérimental ». Comment, donc, évoquer la question de l’âme sans éveiller la condescendance, le soupçon ou l’ironie des beaux esprits ? François Cheng, car c’est lui le poète, s’y risque avec élégance. Penser étant chez lui l’une des modalités de l’amitié, De l’âme (Albin Michel, 162 p., 14 €) s’élabore, comme la plupart de ses essais et plus que tout autre, en conversation, en communion d’âmes. En sept longues lettres, le sage répond à la « chère amie » qui lui demandait : parlez-moi de l’âme. De l’âme amie, nous ne saurons que l’essentiel : elle est une beauté rencontrée par hasard quarante ans plus tôt, puis perdue de vue. C’est donc, en quelque sorte, à la Beauté que le poète adresse ces méditations lumineuses sur l’Aum, Souffle primordial de l’univers, désir éternel de vie, qui coule depuis un lever de soleil admiré sur le toit du monde et ouvre la Voie. De quoi peut-être éclairer l’obscure année qui s’achève…