L’œil de John Rawls
Petite égalité et grande liberté pour tous
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Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« “Madame Bovary, c’est moi”, affirmait l’un de vos grands écrivains à propos de son personnage le plus célèbre. Sans vouloir titiller votre chauvinisme légendaire, je crois pouvoir dire, en toute modestie, moi qui considère que l’influence de la philosophie ne peut être qu’indirecte : “Macron, c’est moi !” Depuis qu’il a remporté l’élection présidentielle, nombre de mes concitoyens américains sont conquis par le personnage, ils voient en lui un nouveau Kennedy. Ce sont des raisons beaucoup plus profondes qui l’attachent à moi. D’abord, nous avons un itinéraire proche : nés dans un milieu aisé et cultivé, nous avons tous deux suivi des parcours académiques brillants. Mais cela ne nous a pas empêchés de développer une aspiration très forte à la justice, du fait d’expériences douloureuses pour moi, comme la mort précoce de mes deux frères ou la confrontation avec la vie laborieuse des pêcheurs noirs de Baltimore, ou, pour lui, avec la vie de sa grand-mère, institutrice issue d’un milieu très modeste à qui il doit ses premiers engagements politiques. En France, nourris de culture catholique, vous avez du mal à admettre que l’on puisse être porteur d’une aspiration authentique à la justice quand on est issu d’un milieu fortuné ou qu’on a fait fortune soi-même. Or la réussite, pas moins que le deuil ou l’échec, nous confronte à l’inégalité des chances et à la nécessité de la corriger. “La France doit être une chance pour tous !” a eu pour slogan cet homme à qui tout semble réussir.