Généalogie
Qu’est-ce que l’ultradroite ?
Paris, le 5 mai 2023. Manifestation annuelle de militants d’extrême droite, membres du C9M (Comité du 9-Mai). Cette marche est un hommage à Sébastien Deyzieu, militant d’extrême droite décédé en 1994 alors qu’il tentait d’échapper à la police. Dans le cortège, des manifestants brandissent des drapeaux du GUD (Groupe Union Défense). © Gauthier Bedrignans/Hans Lucas/AFP
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Après l’émoi suscité par la manifestation de néofascistes en mai 2023, à Paris, Gérald Darmanin a demandé aux préfets d’interdire à l’avenir « les manifestations d’ultradroite ». Que désigne exactement ce vocable ? Typologie des forces en présence, des royalistes aux identitaires, en passant par les nationalistes-révolutionnaires.
Le 6 mai 2023, les rues de Paris ont été le théâtre d’un étrange spectacle : environ 600 militants d’extrême droite – beaucoup le visage cagoulé et vêtus de noir – ont librement défilé derrière des croix celtiques, entonnant des slogans nationalistes et néofascistes. Les réactions ont été vives, l’opinion publique ne comprenant pas qu’un tel rassemblement ait pu être autorisé. Beaucoup de commentateurs, jusqu’au ministre de l’Intérieur lui-même, ont, à cette occasion, parlé de militants « d’ultradroite ». Un mot que Gérald Darmanin a jusqu’ici eu tendance à moins utiliser que ceux d’« écoterrorisme » ou d’« ultragauche ».
Pourtant, de l’assassinat d’un rugbyman argentin par le nationaliste Loïk Le Priol au blocage de l’université de Poitiers par l’Action française en passant par l’incendie de la maison d’un maire en représailles au futur accueil de migrants sur sa commune, les occasions n’ont pas manqué. Car ces événements correspondent à la classification policière de l’ultradroite : une frange de l’extrême droite antiparlementaire violente, potentiellement terroriste. En marge du Rassemblement national et de Reconquête ! – bien qu’entretenant des liens avec eux –, l’extrême droite de rue semble en pleine renaissance et inquiète les services de renseignement. Quelles sont aujourd’hui ces forces agitatrices et les idéologies qui les animent ?
Les royalistes de l’Action française
L’Action française est l’un des plus anciens mouvements d’extrême droite en France. Fondé en 1899 durant l’affaire Dreyfus, ce mouvement royaliste d’inspiration contre-révolutionnaire constitue, selon les mots de l’historien René Rémond, une « synthèse des traditions » réactionnaires. Son maître à penser, Charles Maurras, lui insuffle très vite l’idéologie dite du « nationalisme intégral ». Son idée est que la France est décadente, victime du progressisme individualiste de la révolution et de son universalisme abstrait qui l’ont livrée aux velléités du désordre et de « l’étranger » – des Juifs au premier chef.
Le salut de la France passera selon Maurras par la mise à mort de la République et la restauration de la monarchie, seule à même de garantir les libertés réelles (et non la Liberté abstraite des Lumières), par la réhabilitation de la famille et de la religion, de l’ordre naturel et ses inégalités afférentes. Son programme, synthétisé dans Mes idées politiques, une anthologie qui paraît en 1937, est empreint d’un sentiment d’urgence et d’une volonté d’action sans relâche face à la décadence, qui lui fait dire « nous devons être intellectuels et violents ». Attaché au positivisme face au romantisme, il dit l’importance de la raison et de l’empirisme, et, dans la lignée de Pierre-Joseph Proudhon, de la décentralisation et du fédéralisme, ce qui amènera l’Action française, par ailleurs très germanophobe et « revancharde » vis-à-vis de la défaite de 1870, à une position singulière par rapport à l’extrême droite fasciste des années 1930, adepte d’irrationalisme, de populisme et d’État total.