Généalogie d’un concept
Qu’est-ce qu’une promesse ?
Isabelle Huppert et Reda Kateb dans “Les Promesses”, de Thomas Kruithof. © Jérôme Prébois/Wild Bunch Distribution
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Alors que vient de sortir au cinéma le dernier film de Thomas Kruithof, Les Promesses (2021), retour sur les analyses philosophiques d’une notion à la croisée de l’éthique et de la politique.
“Tous les actes de langage comportent une certaine structure de promesse, même s’ils font autre chose en même temps. Tout langage s’adresse à l’autre pour lui promettre de lui parler, en quelque sorte”
– Jacques Derrida, « Passages – Du traumatisme à la promesse », entretien radiophonique sur le Hessischer Rundfunk (Allemagne), 1990
Machiavel : tenir ses promesses ? Une option
En politique, la question de la promesse s’immisce dans Le Prince de Machiavel, publié en 1532. « Un prince prudent ne peut ni ne doit tenir sa parole, que lorsqu’il le peut sans se faire tort, et que les circonstances dans lesquelles il a contracté un engagement subsistent encore », professe celui qui dédicace son ouvrage à Laurent de Médicis, sans doute dans le but de regagner l’influence qu’il a perdue avec la chute de la république à Florence. L’idée de Machiavel n’est pas de tromper le peuple pour le seul plaisir de le maintenir dans l’erreur ou l’illusion, mais d’assurer la pérennité du souverain – les cités du nord de l’Italie sont alors en proie à une grande instabilité.
Machiavel part du principe que le peuple aime sentir qu’on lui dit la vérité : « Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. » Seulement, des princes « rusés » l’emportent précisément en mentant… Comment faire, sans se mettre le peuple à dos ? Pour le philosophe et historien, le dirigeant peut se dédire à deux conditions : ne pas le faire serait encore pire ; la promesse est rendue impossible par un changement du cours des choses dont ne dépend pas la volonté du prince, mais auquel il doit s’adapter. Dans tous les cas, la politique prime sur la morale. Le diction célèbre « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » est donc bien machiavélien dans son esprit.