Représenter l’irreprésentable

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Cet article est issu du numéro 85 de Philosophie magazine « 85 - décembre 2014-janvier 2015 », en kiosque le 27 novembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Eugène Delacroix, “La Mort de Sardanapale” (esquisse), 1826

« Cette exposition est un défi qui tourne autour de l’irreprésentable du désir et de sa violence qui est le propos de Sade. Bien sûr, il n’a rien inventé mais il est le premier à tenter de le penser. En déclarant : “La cruauté n’est autre chose que l’énergie de l’homme que la civilisation n’a point encore corrompue”, il constate ce dont l’histoire de l’art n’a cessé de témoigner mais en travestissant la violence nue qui y est à l’œuvre. Seulement, il en devient le révélateur, au moment où les grandes constructions religieuses et morales sont ébranlées et avec elles les différents modes d’expression. On ne peut pas parler d’influence directe, car jusqu’en 1959 la diffusion de son œuvre aura été liée aux aléas de l’édition clandestine. Il n’en reste pas moins que ces écrits interdits circulent beaucoup en Europe. On sait ainsi qu’un exemplaire de Justine a appartenu à Goethe, tandis que Baudelaire s’est nourri de l’univers sadien. Flaubert s’y réfère souvent dans sa correspondance – il l’appelle le “Vieux”. Aucun peintre ne s’en réclame directement, même si souvent Goya pourrait illustrer son propos. Quant à Delacroix, comment ne pas voir dans La Mort de Sardanapale une possible évocation des Cent Vingt Journées de Sodome, alors que le texte va en rester inconnu tout au long du XIXe siècle ? Sa proximité avec Baudelaire y est sans doute pour quelque chose. Mais son œuvre est traversée de thèmes sadiens, au point qu’on va y voir la couleur se transformer en tourbillon de férocité.

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