Vos questions
“Savons-nous vraiment ce que peut le corps ?”
illustration ©Séverine Scaglia pour PM.
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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question d’Élise Martinot
Merci, chère Élise, pour votre question inspirée de l’étonnante affirmation de Spinoza : « Nous ne savons pas ce que peut le corps. » Il ne voulait d’ailleurs pas dire que le corps avait tout pouvoir, mais plutôt que son pouvoir demeurait mystérieux, en partie inaccessible à l’esprit. Nous étions loin déjà de l’idée, propre à un certain rationalisme occidental étriqué, d’un corps qui ne serait que matière, étendue, ensemble de viscères, de tendons et de muscles. Bientôt, Hegel nous apprendrait, dans de merveilleuses pages de son Esthétique, que notre sensibilité peut avoir une dimension spirituelle, que regarder un tableau de Bruegel, c’est penser avec ses yeux, qu’écouter une musique romantique, c’est penser avec ses oreilles. Bientôt, Nietzsche affirmerait que « le corps pense ». Bientôt, Freud puis Lacan mettraient au jour tout ce que notre corps dit de nous-mêmes, de notre désir, de notre santé psychique, de tout ce que nous avons refoulé, de notre passé donc, pour peu que nous apprenions à en déchiffrer les signaux qu’il nous envoie.