Sport
Sport : jusqu’où repousser les limites du corps ?
(cc) familymwr / Flickr
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les performances du corps-machine semblent sans cesse défier les possibles. Mais, à y regarder de plus près, on peut se demander si l’objectif n’est pas l’extase.
Si René Descartes, avec la théorie du corps-machine, inaugure la modernité, celle-ci va être marquée, quelques siècles plus tard, par un développement sans précédent du sport. Chez les sportifs de haut niveau, le corps devient un automate performant, engagé dans une compétition sans limites. Mais le sport sous ses formes contemporaines procure aussi de vraies extases et devient le théâtre d’une spiritualisation du corps… D’où la question : comment les sportifs font-ils l’expérience de l’union de l’âme et du corps ? L’âme est-elle chez eux le pilote soumettant le corps à un contrôle étroit, ou le corps en action procure-t-il des transes inédites à l’esprit ?
En février dernier, une étude de l’Irmes (Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport) annonçait la fin prochaine des records dans un certain nombre de disciplines. Dans les mois qui suivirent, une trentaine de records du monde furent battus… Preuve que le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas. « Normal, explique la philosophe Isabelle Quéval. Le sport est une activité éminemment culturelle, artificielle. La diététique, les matériels utilisés, les techniques d’entraînement évoluent en permanence. Ils rendent caduque l’idée d’un “sport naturel” et ouvrent la voie à un “corps-œuvre” indéfiniment perfectible. » Un concept inconnu dans la Grèce antique, où la notion même de record aurait porté outrage à l’ordre général du cosmos, et qui s’inscrit dans un culte du progrès hérité des Lumières. Ainsi, dans nos sociétés ultra-concurrentielles, « le sport de haut niveau est le laboratoire expérimental du dépassement de soi », selon Isabelle Quéval. Dans cette optique, le cas d’Oscar Pistorius reste insoluble. Cet athlète sud-africain équipé de prothèses aux jambes a sollicité de concourir aux jeux Olympiques avec les valides. « Laisser courir Pistorius, c’est ouvrir la boîte de Pandore aux cyborgs du sport, souligne Isabelle Quéval. Le lui interdire, c’est nier l’essence du sport dans son artificialité intrinsèque… »