Le livre du jour
“Une théologie laïque ?”, de Vincent Peillon
© Presses Universitaires de France
Pas de leçons politiques. Les débats actuels, Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale sous François Hollande, ne les évoque même pas. Il livre ce petit ouvrage, Une Théologie laïque ? (PUF, 2021), en philosophe étonné des écrits des premiers laïcs du XIXe siècle, Jaurès en tête, qui pensaient la laïcité comme une théologie ! Le professeur exhume ce creuset spiritualiste complètement oublié du laïcisme contemporain et pourtant au fondement du républicanisme. Voici les trois grandes caractéristiques de la « théologie laïque », suivi d’un entretien de haute volée avec celui qui fut aussi à l’origine de la charte de la laïcité à l’école en 2013.
- La laïcité est un spiritualisme politique. La laïcité participe d’un approfondissement du champ politique dans la mesure où les laïcs, comme Jean Jaurès, Pierre Leroux ou Ferdinand Buisson, considèrent qu’il revient aux institutions de la République de prendre en charge « l’inclination naturelle de l’être humain pour le divin ». Les Églises n’ont pas le monopole de la foi, et il est du devoir de l’école d’orienter cette soif de transcendance vers des inspirations sociales et démocratiques. « Les laïcs reprennent au fond les critiques des contre-révolutionnaires comme le premier Bonald ou encore Burke sur le délitement de la société et de l’individu sans le recours à un élément divin ».
- La laïcité est une théologie. Dans cette « religion laïque » sans dogmes, les individus, égaux, peuvent tous accéder au divin sans intercesseurs détenteurs de la parole sacrée. Vincent Peillon dépeint un étonnant « monisme idéaliste » où la matière et l’univers sont « pénétrés de raison et de justice ». Pour Jaurès et ses pairs, l’humanité participe justement du divin par la compréhension des lois idéales de la nature mais aussi par la poursuite de l’œuvre divine, c’est-à-dire en instaurant toujours plus de justice et d’égalité dans les rapports humains. La sainteté devient citoyenneté, le mal séparation et égoïsme.
- La laïcité est une morale de philosophes. La laïcité est une religion du devoir et de l’esprit critique. En encourageant, dès l’école, les individus à se forger leurs propres croyances tout en les questionnant en permanence, la laïcité est « difficile et exigeante » d’un point de vue moral et intellectuel. Surtout en période de guerre ou de crise sociale où l’on préfère l’autorité et la morale préfabriquée, pour, comme dirait Tocqueville, que le trouble de penser ne s’ajoute pas à la peine de vivre. « C’est sûr que la tradition catholique par exemple, avec les enterrements, les baptêmes, les cérémonies, les belles musiques et les peintures religieuses, est quand même plus attirante que les laïcs qui n’ont à proposer que rigueur intellectuelle, autonomie morale et respect », conclut Vincent Peillon.
Une Théologie laïque ?, de Vincent Peillon, sort aujourd’hui aux Presses Universitaires de France. 128p., 12€ en format physique, 9,49€ en version numérique, disponible ici.