Vincent Peillon: “Il faut armer spirituellement la gauche”

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Vincent Peillon: “Il faut armer spirituellement la gauche”

Vincent Peillon en 2013 (cc) Wikimedia Commons / G.Garitan

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Cet article est issu du numéro 36 de Philosophie magazine « 36 - février 2010 », en kiosque le 21 janvier 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Plutôt que d’identité nationale, nous ferions mieux de débattre de l’esprit de la république. Telle est la conviction du socialiste Vincent Peillon, défendue dans son dernier essai “Une Religion pour la république” (Seuil). Interviewé par Philosophie magazine, il réalise son coming-out spiritualiste. Attention : détonnant.

Et si l’on sortait un instant du festival de petites phrases, bons mots assassins et autres tactiques d’appareil auquel le journalisme a réduit la politique en France ? Car Vincent Peillon n’est pas seulement l’ex-lieutenant de Ségolène Royal avec qui il s’est violemment déchiré en novembre dernier. Agrégé de philosophie et essayiste passionné, cet admirateur de Maurice Merleau-Ponty est engagé depuis une dizaine d’années dans une refondation de la pensée socialiste à travers la relecture de l’odyssée républicaine du XIXe siècle. Et publie aujourd’hui son livre le plus important à ses yeux, commencé il y a… vingt-deux ans : une biographie intellectuelle de Ferdinand Buisson, principal artisan de l’école républicaine et surtout penseur d’« une religion pour la république » – c’est le titre de son essai qui paraît aux éditions du Seuil. Soit : une laïcité qui, loin de sa caricature athée, fut conçue comme une spiritualité. Et dans laquelle le député européen voit « un fondement et une doctrine à ce nouveau monde […] qu’il nous reste à bâtir ».

 

Philosophie magazine : Votre intérêt pour la « foi laïque » de Ferdinand Buisson, que vous découvrez au milieu des années 1980, était-il à l’origine politique ?

Vincent Peillon : Non. Si vous m’aviez dit, il y a vingt-cinq ans, que je ferais un jour de la politique, j’aurais rigolé. Ce fut d’abord un bonheur de chercheur pour le jeune professeur de philosophie que j’étais : celui d’être déstabilisé. En commençant à lire Ferdinand Buisson, je me suis rendu compte que cela ne collait pas avec ce qu’on nous avait raconté : il avait conçu les programmes de l’école de Jules Ferry, mais avait parfois les accents d’un théologien. Cela dit, il y avait un écho certain avec l’esprit du temps. Car ma génération, plus qu’athée, formée au matérialisme, avait été frappée par les luttes des dissidents en Tchécoslovaquie ou en Pologne. Pour eux, la religion était une résistance à l’oppression : loin d’être un « opium du peuple », la reconnaissance d’une transcendance devenait « le pouvoir des sans-pouvoir » comme disait Václav Havel. De plus, nous avions été formés à la critique du marxisme par des penseurs qui, tel Raymond Aron, avaient mis en évidence que Marx était, inconsciemment, habité par un schème religieux, messianique, téléologique.

 

L’extraordinaire modernité de Buisson ne tient-elle pas à ce qu’il propose de reprendre la question de la religion mais en conscience ?

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