Dieu. La mémoire, la techno-science et le Mal

Une recension de Philippe Nassif, publié le

Que désigne l’animal humain par le nom de « Dieu » ? Telle est la question que poursuit Mehdi Belhaj Kacem dans cet essai au style gouailleur et presque ingénu. Celui qui s’attend à un enchaînement bien rangé de concepts en sera pour ses frais. Notre philosophe avance plutôt en spirale et par fulgurances, en croisant le concept de « rétention tertiaire » de Stiegler, la « noosphère » de Teilhard de Chardin, les prédictions transhumanistes ou une exégèse du film Total Recall de Paul Verhoeven. Au cœur de sa vision se trouve une dialectique tragique stimulante : toute appropriation (d’énergie, de savoir, de biens…) se paie symétriquement d’une expropriation douloureuse. Les pierres ne s’approprient presque rien et durent deux cents millions d’années, tandis que l’humanité, à s’approprier par la science et de manière exponentielle les « lois de l’être », connaît une violente expropriation : elle est non seulement la plus précaire des espèces mais la seule à être capable de Mal – c’est-à-dire d’administrer des « souffrances gratuites et surnuméraires ». Et Dieu dans tout ça ? Il se pourrait bien qu’il se confonde, dans l’esprit humain, avec la technologie même, avance Belhaj Kacem. De fait, la technoscience et Dieu répondent à la même attente : « un horizon d’accumulation “totale” de tous les savoirs possibles ». Horizon qui, de Hiroshima en catastrophe climatique, se paie d’une menace de disparition à court terme. La question est alors : « Qu’allons-nous, collectivement, faire de Dieu, et comment ? »

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