La petite question

“Anhédonie Ozempic” : l’absence de faim nous prive-t-elle du goût de la vie ?

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“Anhédonie Ozempic” : l’absence de faim nous prive-t-elle du goût de la vie ?

© Alyssa Jane/Unsplash

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Les personnes qui prennent Ozempic, médicament coupe-faim, disent ressentir un sentiment d’apathie généralisé. Un effet secondaire qui interroge, selon Clara Degiovanni : la faim n’est-elle pas nécessaire à notre appétit de vivre ? 


 

« Bof, bof » : c’est une réponse qui revient souvent lorsqu’on demande « comment ça va ? » aux personnes qui prennent le célèbre coupe-faim Ozempic. Depuis la commercialisation et la diffusion massive de ce traitement destiné à la perte de poids, de nombreux patients font état sur les réseaux sociaux d’un curieux « émoussement émotionnel » et d’une « apathie » généralisée qui se manifeste par une « une diminution de la sensibilité non seulement à la nourriture, mais aussi à d’autres sources de joie comme la lecture, la musique, la danse, le jardinage – voire les relations sexuelles », note le Washington Post.

Cet état quasi dépressif, successif à la prise de l’hormone GLP-1, censée réguler l’appétit, a été baptisé « Anhédonie Ozempic ». Le terme anhédonie (formé à partir du grec hêdonê, signifiant « plaisir », et du préfixe an-, qui exprime la privation, l’absence) désigne l’incapacité à ressentir du plaisir. L’entreprise Novo Nordisk qui commercialise entre autres Ozempic a affirmé que « l’anhédonie ne figurait pas parmi les effets indésirables du médicament », insistant sur « l’absence de données » fiables sur le sujet. D’autres chercheurs comme Daniel Drucker, spécialiste de l’obésité, suggèrent à l’inverse que l’hormone GLP-1 pourrait en effet contribuer à « atténuer certaines régions du cerveau associées au plaisir », ce qui expliquerait la baisse de moral de certains patients.

“Avoir le ‘goût de la vie’ est peut-être plus qu’une simple métaphore. Sans faim, pas de plaisir… donc pas d’envie de vivre ?”

 

Si les recherches scientifiques sont encore balbutiantes sur ce sujet, l’état que partagent nombre d’individus sous ce traitement pose une question fondamentale : la faim n’est-elle pas le point de départ, le socle de notre appétit de vivre ? Au-delà de ses simples qualités métaphoriques, l’idée d’un « goût de la vie » ou d’une existence que l’on « croquerait à pleines dents » dit peut-être quelque chose de profond sur notre rapport à l’existence : sans faim, pas de plaisir ; et sans plaisir, pas d’envie de vivre. 

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