International
Au nom du “bien commun”, la Nouvelle Droite américaine regarde en arrière
© D. Williams/Flickr/CC
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Aux États-Unis, les conservateurs sont en quête d’idées fraîches pour se relancer après la défaite de Trump et la relative déception des midterms. Un penseur en vogue est Adrian Vermeule, qui tente de réinventer la notion de « bien commun » à l’aune de la tradition et du droit naturel. Jean-Marie Pottier nous présente la pensée de ce professeur de droit influent.
L’invocation du « bien commun » est devenue un lieu commun, justement, de nos vies politiques. En Europe comme aux États-Unis, on la retrouve fréquemment dans la bouche des élus et des responsables syndicaux ou associatifs. Outre-Atlantique, le débat sur cette notion a pris un tour inattendu ces derniers mois avec une tentative d’une partie de la « Nouvelle Droite » apparue dans la foulée de l’élection de Donald Trump de s’accaparer ce concept : au nom d’un retour à la tradition et au « droit naturel », elle propose un « constitutionnalisme du bien commun ».
Le concept donne son titre à un ouvrage (Common Good Constitutionalism, Polity, 2022) récemment publié par Adrian Vermeule. Souvent cité aux côtés de Patrick Deneen et Yoram Hazony parmi les nouvelles figures intellectuelle du conservatisme, ce professeur de droit de Harvard en partage la critique du libéralisme politique et de nombreux positionnements moraux, notamment sur le droit à l’avortement. Mais ce chercheur qui a collaboré à plusieurs reprises avec le juriste Cass Sunstein, un conseiller du premier mandat de Barack Obama, s’en distingue aussi sur certains points, notamment par son éloge de la bureaucratie. Son livre, derrière sa critique de l’ordre juridique américain, repose une éternelle et double question de la philosophie politique : qu’est-ce que le bien, et qu’est-ce que le commun ?
Vermeule fait remonter sa généalogie du concept de « bien commun » jusqu’à Ulpien, un juriste romain du IIIe siècle qui écrit que le droit est « l’art du bon et de l’équitable ». Lui définit ce bien commun comme « la prospérité d’une communauté politique bien organisée », fondée sur trois caractéristiques recensées à la Renaissance par un prêtre italien, Giovanni Botero, dans un livre intitulé De la raison d’État (1589) : la paix, la justice, l’abondance. Une abondance qui, selon le juriste américain, inclut, à notre époque contemporaine, « des formes variées de santé, de sûreté et de sécurité économique ».