Politique

Du “Temps des cerises” à “Bella Ciao” : chanter le 1er-Mai

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Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938), “La Révolution du 1er mai”, 1927. Huile sur toile, 35,5 × 40 cm

Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938), “La Révolution du 1er mai”, 1927. Huile sur toile, 35,5 × 40 cm. © AKG

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Le 1er mai est le jour de la Fête internationale des travailleurs. Dans les rangs des manifestations, on entendra des slogans récents… mais aussi des chansons plus anciennes, qui célèbrent le monde ouvrier ou l’esprit de révolution. Panorama.


1er mai


Marc Ogeret, 1er mai (1980)

Ce chant anonyme apparaît à la fin du XIXe siècle, dans le sillage des premières manifestations de mai, celles de 1890. Le ton est résolument révolutionnaire et, comme d’autres chants de l’époque, exprime cette « peur que [...] les anarcho-syndicalistes voulaient susciter chez les bourgeois » (Robert Brécy, Les Chansons du Premier Mai). Reprenant à dessein un langage populaire (« Les flicards et les roussins / Montrent leurs gueules bourrues »), l’auteur appelle les travailleurs à se défier de convenances et de la bienséance, qui est une arme au main des puissants pour endormir leur mouvement (« Gare à la faconde / Des grands ténors endormeurs »). Le propos se veut ouvertement agressif, « sans vergogne » (« charognes », « vipères », « racaille »), et met en scène les affects de la révolte : « La haine seule est féconde / La haine des affameurs » ; « Tremblez devant l’opprimé ! / Un Premier Mai sans colère / Ce n’est pas un Premier Mai ! » ; « Copain, pense à la vengeance / Quand nous serons les plus forts / Nous détruirons cette engeance ».

Marche du 1er-Mai

Marche du 1er mai


Écouter la Marche du 1er-Mai sur le site phonobase.org

Datée de 1893 et publiée dans Le Socialiste, cette marche est mise en musique par F. Fenouil à partir d’un texte de Charles Gros, « professeur agrégé d’histoire et militant socialiste, ami de Guesde, Lafargue et Pédron » (Robert Brécy, op. cit.). Une première version avait déjà été diffusée deux ans auparavant, sur l’air du Chant des ouvriers de Pierre Dupont. La vision est enthousiaste : « Premier Mai ! c’est le Renouveau / Comme aux arbres monte la sève / L’Idée aussi monte au cerveau / Et la Sociale se lève ! » On y retrouve des références ouvertement marxistes, teintées de l’internationalisme de Jules Guesde : « Prolétaires de tous pays, [...] Sous le même programme unis / Rien aujourd’hui ne nous divise / Le Français avec l’Allemand / Ceux d’Europe et ceux d’Amérique... / Ah ! frères, croyez-vous vraiment / La fraternité chimérique ? [...] Il faut la patrie ouvrière / D’un bout du monde à l’autre bout. »

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