Expérience
Frédéric Gros « La marche fait coïncider l’âme, le corps et le monde »
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour Frédéric Gros, philosophe spécialiste de Foucault, marcher est aussi un exercice spirituel, essentiel au travail de nombreux penseurs.
Foucault, que vous avez beaucoup commenté, nous a appris à « historiciser » les concepts. Or, à travers la marche, vous êtes amené à parler d’une idée aussi épineuse que l’âme de manière très simple…
Frédéric Gros : Cela fait longtemps que j’effectue des randonnées de plusieurs jours. J’ai dû finir par admettre que tout ce que j’avais retenu de l’historicisation des concepts se casse un peu à l’épreuve de la marche. Il y a quelque chose d’archaïque, d’atemporel dans l’expérience du marcheur qui, du cynique grec, cinq cents ans avant Jésus-Christ, au professeur allemand du XIXe siècle, ne varie guère. Marcher permet à la pensée de sortir des configurations sociales. On est alors en deçà de l’histoire.
Et en deçà de la philosophie ?
Je ne crois pas. Même si mon livre est un pas de côté par rapport au discours philosophique contemporain. Car, de fait, beaucoup de penseurs ont considéré que la marche était essentielle à leur travail.