Le hêtre vu par André Comte-Sponville

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 53 de Philosophie magazine « Vivre et penser comme un arbre », en kiosque le 12 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Je ne connais pas de plus bel arbre, ni qui me réjouisse autant. Le hêtre immense, à l’écorce lisse et douce comme une peau humaine, à l’ascension sans détour, à la ramure fière et généreuse : c’est lui, l’arbre vraiment royal ! Le chêne à côté, quoique parfois de même taille, semble plus humain, plus émouvant, plus héroïque peut-être : c’est qu’il est noueux, rugueux, tortueux, enfin presque torturé. Rien de tel chez le hêtre : lui semble au-dessus de ces tourments. Il n’en est que plus élégant, plus noble, plus majestueux. Il pousse droit et haut, comme une évidence, dresse largement ses branches, comme pour embrasser le ciel, pendant que ses feuilles, qu’il a plutôt petites et fines, laissent passer la lumière : son ombre est légère, mobile et douce.

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