La petite question

Peut-on fâcher son hôte quand on est invité (ou faut-il toujours le respecter) ?

Temps de lecture : 4 min

À Doha, le 23 novembre 2022, avant la rencontre face au Japon, les joueurs de l’équipe d’Allemagne se couvrent la bouche en signe de protestation contre l'interdiction faite aux capitaines de porter le brassard “One Love” pendant les matches de la coupe du monde au Qatar.

À Doha, le 23 novembre 2022, avant la rencontre face au Japon, les joueurs de l’équipe d’Allemagne se couvrent la bouche en signe de protestation contre l'interdiction faite aux capitaines de porter le brassard “One Love” pendant les matches de la coupe du monde au Qatar. © Sebastian El-Saqqa/firo Sportphoto/dpa Picture-Alliance via AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

La gêne est palpable à la Coupe du monde au Qatar, d’où ont été bannies toutes les références à la lutte contre les discriminations. Comment se comporter chez un hôte dont on ne partage pas les convictions ? Faut-il avoir le courage de le froisser ou convient-il de ménager sa susceptibilité ?

Le scandale Diogène

Nul n’est contraint de se conformer aux règles de l’hospitalité, même les plus élémentaires. Et il n’a pas manqué de philosophes dans l’histoire pour dénoncer celles-ci. Dans son ouvrage Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, le biographe Diogène Laërce raconte ainsi une anecdote concernant Diogène de Sinope, le si peu consensuel philosophe cynique, qui envoya un message clair à un hôte qui s’était montré un peu trop arrogant à son goût :

“Un jour, un homme le fit entrer dans une maison richement meublée, et lui dit : ‘Surtout, ne crache pas par terre.’ Diogène, qui avait envie de cracher, lui lança son crachat au visage, en lui criant que c’était le seul endroit sale qu’il eût trouvé et où il pût le faire”

Cracher au visage des Qataris qui font étalage de leur opulence aux yeux du monde, en plus de traquer l’homosexualité ? Sans aller jusque là, c’est bien un symbole de défiance qu’aimerait leur adresser un certain nombre de défenseurs de la cause LGBT en demandant aux capitaines de porter un brassard « One Love » aux couleurs de l’arc-en-ciel comme l’avait demandé l’Uefa, l’organisation européenne qui gère le football professionnel. Mais la Fifa, son équivalent à l’échelle mondiale, s’est désolidarisée de cette initiative par égard pour le pays hôte qu’elle se refuse à heurter, comme par crainte du scandale.

Cet article est réservé aux abonnés