Politique

Qu’est-ce que l’identité française, nouvelle priorité de l’exécutif ?

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Qu’est-ce que l’identité française, nouvelle priorité de l’exécutif ?

Vue satellite de la France. © Copernicus Sentinel data (2017), processed by ESA. CCBY-SA 3.0 IGO

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« Un des enjeux qu’on a à traverser […], c’est comment garder notre identité, notre identité française, nos valeurs, nos grandes forces, dans un monde qui change et qui bouge », déclarait récemment le nouveau Premier ministre Gabriel Attal. Encore faudrait-il savoir au juste ce qu’est l’identité française ! Éclairage avec l’historien Fernand Braudel (1902-1985), qui en faisait un mélange d’unité et de diversité, et même une « ipséité », « une prise en main de la France par elle-même ».


 

Qu’est-ce l’identité française ? Entendons d’emblée la question en un sens plus précis : quelle signification recouvre cette expression pour autant qu’elle n’est pas utilisée simplement comme une arme rhétorique – pour en exclure l’autre ? L’historien Fernand Braudel s’est longuement posé la question dans sa trilogie L’Identité de la France. Comme il l’explique également dans une tribune de 1985, la question de l’identité française doit être délivrée de son instrumentalisation politicienne. Penser cette identité, ce n’est pas penser « une identité de la France qui puisse être opposée à la droite ou à la gauche ». Mais surtout, il s’agit moins pour Braudel d’interroger ce que signifie être français que ce que peut signifier la France. La première option conduit toujours, in fine, à distinguer, selon différents critères puisés dans un passé mythifié, des bons et des mauvais Français – à discriminer les conduites individuelles, les comportements, les mœurs, des pratiques. La seconde voie, celle de Braudel, consiste au contraire à défaire les mystifications : à considérer les traits distinctifs de l’histoire mouvementée d’une nation comme le résultat d’incessantes réinterprétations. L’histoire n’est pas le point aveugle légitimant, dans son opacité mythique, toutes les exclusions ; elle est un héritage singulier et pluriel, par rapport auquel l’individu est appelé, d’une manière ou d’une autre, à se situer. Si Braudel rabat sans précision l’une sur l’autre, il parle en somme plus volontiers de l’« identité de la France » que de l’« identité française ».

On le voit, pour Braudel, cette identité nationale est dès lors essentiellement une question d’histoire : « L’identité de la France est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé […] Le passé, c’est une série d’expériences, de réalités bien antérieures à vous et moi, mais qui existeront encore dans dix, vingt, trente ans ou même beaucoup plus tard. Le problème pratique de l’identité dans la vie actuelle, c’est donc l’accord ou le désaccord avec des réalités profondes, le fait d’être attentif, ou pas, à ces réalités profondes et d’avoir ou non une politique qui en tient compte, essaie de modifier ce qui est modifiable, de conserver ce qui doit l’être. C’est une réflexion attentive sur ce qui existe au préalable. » Reprise ou rejet, continuité ou rupture, l’identité n’est pas une réalité close : c’est un positionnement sans cesse changeant par rapport à ce qui nous est légué par le passé. Rien à voir, par conséquent, avec une construction artificielle, « au gré des fantasmes, des opinions politiques ». Le fantasme identitaire est toujours sans histoire. Il fait appel à l’histoire, bien sûr, pour se justifier, mais à une histoire monolithique et figée, dont l’immobilité occulte les infinis linéaments et gomme les innombrables fils entrelacés. L’histoire nationale n’est pourtant jamais univoque et définitive. Elle met en jeu « une multitude de réalités, d’êtres vivants que saisit mal le fil d’une histoire chronologique ».

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L’identité “de la France”, plutôt que française : l’analyse de Braudel