Le livre du jour
“Raviver les braises du vivant”, de Baptiste Morizot
© Actes Sud/Wildproject
Dénoncer le dualisme nature/culture, donc nature/humanité, est devenu une telle obsession de la pensée écologique, toutes tendances confondues, que l’expression est vidée de son sens. Le grand mérite de Baptiste Morizot est d’aller au bout des implications philosophiques de cette dénonciation. « Le dualisme, affirme-t-il, personne n’y croit, mais c’est un spectre qui nous hante » et qui revient inversé dans les visions d’une nature sauvage et vulnérable à sanctuariser. Une métaphore sert de levier à son livre en forme de programme de pensée et d’action, Raviver les braises du vivant. Un front commun (Actes Sud/Wildproject) : la nature n’est pas une cathédrale qui brûle et s’effondre, le vivant est un feu créateur qui se répand à profusion… à condition de « chérir les dernières braises ».
Le programme en trois points de Baptiste Morizot pour sortir du dualisme
- Une image de pensée : Le vivant est un feu prodigue. Conscient des limites de sa métaphore tandis que brûlent les forêts australiennes, amazoniennes, sibériennes ou californiennes, Morizot assume de combattre les mégafeux destructeurs par le feu régénérateur du vivant. Car « la nature intrinsèque du vivant » est, pour peu qu’on le laisse vivre, « la prolifération créative de variations, capable de recouvrir le monde comme un feu ». Principe d’action : recréer des « foyers de libre évolution » permet de souffler sur les braises, pas d’inventer une nature vierge séparée de toute incursion humaine.
- Conséquence 1 : la nature n’étant pas une « petite chose fragile qu’il faudrait sauver », il convient de se débarrasser de toute vision « paternaliste » de protection de la vulnérabilité. Il faut bien protéger le vivant, mais « comme quelque chose de plus fort que nous » et qui nous a faits. Principe d’action : « restituer les condition de sa propre régénération autonome ».
- Conséquence 2 : il n’y a pas de dehors, l’humain n’est pas face à une altérité mais dans des liens d’interdépendance entre des milieux multispécifiques. L’unité à défendre n’est pas l’intact (par opposition à l’exploité), pas le sauvage (par opposition au domestique), pas le protégé (par opposition au productif) mais le vivant. Principe d’action : l’agroécologie est une manière de reconstituer des alliances entre les différents usages de la terre.
Question finale : Pourquoi « le vivant » et pas le cosmos, le climat, la planète ? Parce que le vivant, « c’est important » : ce sont des êtres « pour qui quelque chose importe ». Parce que le vivant peut faire monde commun.
Raviver les braises du vivant. Un front commun, de Baptiste Morizot (Actes sud/Wildproject) est disponible ici.