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Toni Negri, une vie de subversion

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Toni Negri, une vie de subversion

Toni Negri en 2018. © Frank Ferville pour PM.

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Dans son essai Antonio Negri. Une philosophie de la subversion (Éditions Amsterdam, 2023), Roberto Nigro retrace la vie et la pensée du philosophe italien lié à l’histoire de l’extrême gauche des années 1960-70. Ses concepts-clé, de l’Empire à la Multitude, accompagnent et traduisent en même temps l’esprit de la contestation contemporaine.


 

Philosophe de la subversion, Antonio Negri n’en reste pas moins un penseur collé à son temps, prolongeant la conception que Michel Foucault avait du discours philosophique : celle de diagnostiquer le présent. « Mettre en lumière, soudain, cette heure grise où nous sommes. Prophétiser l’instant. » Car avec tous les sujets que le philosophe et homme politique italien, né en 1933 à Padoue, n’a cessé de théoriser et reconfigurer ces trente dernières années – le capitalisme cognitif, l’Empire, la Multitude, le Commun, l’Assemblée –, une vision aiguisée du monde, fût-elle militante, s’est affirmée dans l’espace politique.

Les quatre essais, qu’il a notamment co-écrits avec le politologue et critique littéraire américain Michael Hardt – Empire (2000), Multitude (2004), Commonwealth (2009), Assembly (non traduit, 2017) – ont introduit dans la grammaire du politique de nouveaux concepts, qui se voient sans cesse mobilisés dans les récits et les esprits contestataires de toute forme de domination, que celle-ci soit sociale, économique, politique ou autre. Rappelant dans ce bref ouvrage l’évolution de sa pensée depuis ses premiers engagements politiques auprès des ouvriers au début des années 1960, Roberto Nigro fait ainsi d’Antonio Negri un vrai « philosophe de la subversion ».

Alors que l’intellectuel communiste a publié en Italie depuis 2015 trois tomes de son autobiographie (Storia di un comunista, non traduite en France), on retrouve ici les motifs essentiels d’une pensée qui traverse et oriente l’espace de la contestation mondiale au capitalisme néolibéral.

De l’extrême gauche italienne aux années d’hiver

Professeur de sciences politiques à l’université de Padoue dans les années 1960 où il enseigne la doctrine de l’État, Negri est aussi dès ses débuts académiques un militant qui se bat aux côtés des ouvriers. Contribuant alors au renouveau du marxisme, il se lie aux groupes « opéraïstes » (du terme italien operaio, l’ouvrier), partant de cette idée fondatrice selon laquelle les analyses et les pratiques politiques doivent toujours venir d’en bas, à savoir des mouvements et des résistances ouvrières. Dès le début des années 1960, Negri observe et accompagne une vague de luttes contre le travail et contre la discipline d’usine. Le tournant opéraïste qu’il prend désigne cette attention à la transformation du capitalisme et à la dimension de la subjectivité.

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Toni Negri : une pensée aussi radicale qu’actuelle