Époque contemporaine

Une étreinte à l’européenne

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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Tandis que le procès de l’esprit fait rage outre-Atlantique, l’Europe s’emploie à repenser la fusion du corps et de l’âme. Selon la phénoménologie, qui a rompu avec le dualisme, il n’est pas de conscience sans corps pour percevoir le monde.

Vous vous promenez dans la forêt. Au détour d’un sentier, vous débouchez sur une vaste prairie où se dresse une maison, apparemment abandonnée. Vous décidez d’aller regarder de plus près. Vous avancez vers la bâtisse, en faites le tour, vous en approchez et touchez les murs chauffés par le soleil. Vous vous éloignez enfin pour en avoir une vue d’ensemble. Vous raconterez à votre retour que vous avez découvert une belle maison. Et pourtant, en toute rigueur, vous n’avez eu que des sensations éclatées : du blanc, du rouge, du vert, des formes diverses dispersées dans la lumière d’été, du rugueux au bout de vos doigts. Comment êtes-vous passé d’un kaléidoscope de sensations brutes à la perception d’une maison occupant un certain espace ? Cette question, pourtant pertinente, paraît absurde au scientifique qui sommeille en vous. Les mathématiques et la physique ont inventé les notions de dimension, de superficie, de volume, et expliquent même comment les calculer. La physiologie analyse la manière dont vos sens réagissent aux stimulations externes. La neurologie, celle dont le cerveau traite ces informations. Mais peut-on tenter une description plus fondamentale ?

 

Une unité de perception

Cette description est ce que propose la phénoménologie, mouvement initié par Edmund Husserl au début du XXe siècle. Aussi rigoureux que radical, le philosophe allemand a voulu repartir de zéro dans l’analyse des phénomènes du monde tels que notre conscience les appréhende. Son projet était de « revenir aux choses mêmes » sans a priori métaphysique, culturel ou scientifique. Avec lui, la philosophie réaffirmait son droit, après des décennies de positivisme et de scientisme, à décrire notre rapport au monde. Pour mieux retrouver la vérité des rapports entre l’esprit, le corps et le monde, Husserl devait commencer par « mettre entre parenthèses » notre croyance en l’existence du réel – « du monde entier, avec toutes les choses, les êtres vivants, les hommes, y compris nous-mêmes ». Cette démarche de « réduction phénoménologique » aboutissait à découvrir que seule notre conscience existait de manière absolument évidente. Un mauvais départ pour réhabiliter le rôle du corps ? Pas forcément. Car, au lieu de vouloir à tout prix, comme Descartes, transformer notre conscience en substance, Husserl a poursuivi son enquête sur la vie de la conscience… et a rapidement rencontré le corps.

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