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Une métaphysique haute en couleurs

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Une métaphysique haute en couleurs

“Meule, effet de neige, le matin”, de Claude Monet. © Wikimedia Commons

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Avec De la couleur, qui vient de reparaître dans une édition revue et augmentée, Claude Romano offre un modèle de cours d’histoire de la philosophie. Mais il s’agit aussi d’un essai où le philosophe prend à bras-le-corps trois questions métaphysiques épineuses.

 

Question n°1

De quelle couleur est vraiment l’habit du petit chaperon rouge ?

Rouge ? Hum, attendez voir. Prenez le petit chaperon rouge et éclairez-le avec une lumière verte. L’habit paraîtra noir. Pourquoi ? Il existe une explication scientifique : l’étoffe de cet habit « absorbe toutes les longueurs du spectre électromagnétique à l’exception du pourpre, couleur complémentaire du vert, qu’elle réfléchit. Par conséquent, si on éclaire le tissu avec une lumière verte, toutes les longueurs d’onde dont est constituée cette lumière, sans exception, sont absorbées. Résultat : la robe nous apparaît noire ».

Au-delà de cette explication scientifique, cette expérience très simple, qu’avait déjà faite sous une forme ou sous une autre René Descartes ou John Locke, tend à nous laisser penser que la couleur n’est pas une qualité première des objets, qu’elle n’est pas dans les objets eux-mêmes, bref qu’elle n’est pas objective. Mais est-elle entièrement subjective ? Non, pas vraiment non plus. On dirait qu’il y a dans la structure même des objets, ou sur leur surface, une espèce de disposition qui nous fait voir telle ou telle couleur. Conclusion des classiques : l’habit du petit chaperon rouge n’est pas rouge en lui-même, mais il y a quelque chose de mystérieux chez lui qui fait que, pour nous, à la lumière du jour, il paraît rouge.

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