Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Pour combattre les effets délétères de la globalisation, une frange de la gauche est tentée de réhabiliter la souveraineté nationale. Grossière erreur, selon le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval, qui, dans la continuité de leurs ouvrages précédents, s’attachent à mettre au jour les contresens et ambiguïtés sémantiques et stratégiques de leur famille politique. Ici, c’est à une « enquête » sur les origines et les fondements de la souveraineté qu’ils se livrent afin de rappeler ce qu’elle est essentiellement : « une forme spécifique de domination, celle de l’État moderne ». Sans surprise, le dense panorama qu’ils proposent reprend les débats qui mènent de la Révolution française à la conception de l’État-nation au XIXe siècle, pour aboutir à la critique contemporaine d’un néolibéralisme autoritaire, au pouvoir aux États-Unis, au Brésil, en Chine ou en Hongrie – ces régimes revendiquant la souveraineté nationale. Plus originale est l’insistance des auteurs sur la révolution papale au XIe siècle par laquelle l’Église médiévale se dote d’un gouvernement temporel quasi monarchique. C’est celui-ci, plus que la démocratie athénienne antique ou de droit romain, qui forgerait en miroir le modèle de l’État séculier. C’est dire si la souveraineté n’est pas la solution mais le problème. Elle empêche de répondre aux défis globaux (de l’urgence climatique aux pandémies) qui marquent le moment politique d’aujourd’hui. Qu’inventer d’autre que l’État national comme cadre de pensée ? C’est l’engagement de Dardot et de Laval dans la retraversée du marxisme qu’ils documentent depuis des années. Celle-ci devrait aboutir dans un prochain ouvrage à la définition d’une « cosmopolitique du commun ».
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