Hors-série "Sagesses du monde"
La "Conférence des oiseaux" ou la rencontre avec soi-même
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 44 de Philosophie magazine « Sagesses du monde », en kiosque le 30 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Avec la Conférence des oiseaux, le poète persan Farid ad-Din ˛Attar (v. 1145-1220) conte au fil d’un voyage imaginaire l’itinéraire mystique du soufisme persan, pour lequel Dieu n’est pas extérieur au monde, mais présent dans la totalité de l’univers.
L’âme-oiseau
Constituée de 4 500 distiques composés vers 1177, la Conférence des oiseaux reprend un motif philosophique très ancien : l’image de l’ « âme-oiseau », comme le dit l’archéologue allemand Georg Weicker, qui s’élève vers la vérité et le divin 1. « Autrefois, l’âme était tout ailée », affirme ainsi Platon dans le Phèdre. Cependant, Attar aborde ce voyage initiatique avec une « intensité mystique exceptionnelle ». 2
Un jour, une huppe 3 déclare à l’assemblée des oiseaux que leur roi, le Simorgh 4, les attend au sommet du mont Qaf, par-delà les sept vallées. Mais le voyage s’annonce dangereux, si bien que la plupart des oiseaux se défilent.
Pourtant, la huppe tient bon : « Quand le Simorgh se laisse voir, sa face aussi brillante que le soleil produit des milliers d’ombres sur la terre et tous les oiseaux du monde ne sont que ces ombres vivantes ». La référence au « mythe de la caverne » de Platon est à peine voilée : comme les prisonniers de la grotte, les oiseaux habitent un monde d’illusion.