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La tyrannie des cryptomonnaies

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La tyrannie des cryptomonnaies

© Shubham Dhage/Unsplash

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Plus démocratiques, plus décentralisées, plus participatives, les cryptomonnaies ? Pas si sûr, selon le politologue David Golumbia : la blockchain est d’abord un instrument de subversion du politique qui ouvre la voie à de nouvelles formes d’autoritarisme. Explications.

 

Si elles ont suscité un enthousiasme indéniable depuis leur création – en témoigne l’envolée du cours du Bitcoin –, les cryptomonnaies sont de plus en plus l’objet de critiques. Leur impact écologique est en particulier pointé du doigt. Le système de blockchain qui sert de support à ces monnaies virtuelles se fonde en effet sur une procédure de « minage » de plus en plus énergivore : ce sont les utilisateurs qui vérifient eux-mêmes, en fournissant la puissance de leur matériel informatique, la validité des transactions ; mais la difficulté de la procédure de validation augmente en même temps que le nombre d’utilisateurs. Si un ordinateur personnel suffisait à l’origine à miner du Bitcoin, il faut aujourd’hui des « fermes » gigantesques, étant donnée l’explosion de la cryptomonnaie. Une considérable économie se met en place qui apparaît largement déconnectées des enjeux réels. Le Bitcoin (et ses successeurs) « ne doit la croissance de son cours qu’à sa capacité à détourner des centaines de milliards d’euros de l’économie réelle pour des motifs spéculatifs », notaient récemment les économistes Nicolas Dufrêne et Jean-Michel Servet dans Le Monde. « Le Bitcoin ne finance rien d’économiquement et socialement utile et ne permet aucune création monétaire concertée pour un but précis ».

C’est pourtant un troisième péril, politique, qui inquiète de plus en plus, en particulier dans le monde anglo-saxon : « Les cryptomonnaies pourraient constituer un chemin vers l’autoritarisme », affirme ainsi le développeur et essayiste Ian Bogost. L’avertissement peut sembler paradoxal. Après tout, les cryptomonnaies, qui promettent de chambouler de fond en comble le contrôle de la monnaie par les États, ne permettent-elles pas une réappropriation collective de la valeur et une décentralisation généralisée du monde contre les pouvoirs verticaux ? Ne sont-elles pas fréquemment présentées comme la clef d’une plus grande démocratisation, voire même la solution miracle à l’invention d’une société littéralement anarchiste, délivrée des structures hiérarchiques ? C’est sans doute vrai… sur le papier. Mais cette rhétorique cache une réalité souvent différente, selon le politologue américain David Golumbia, qui décrypte les enjeux de ces stratégies lexicales dans un ouvrage au titre transparent : The Politics of Bitcoin: Software as Right-Wing Extremism (University of Minnesota Press, 2016).

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