Livres
Les structures élémentaires du social
© Éditions La Découverte
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Dans un essai ambitieux, le sociologue Bernard Lahire confronte sa propre discipline à la biologie, à l’éthologie, à la paléoanthropologie ou à la préhistoire, pour définir la structure sociale profonde propre à l’espèce humaine. Livre-somme, Les Structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023) éclaire les propriétés universelles de l’espèce, comme la dépendance et la domination, mais aussi la permanence de leurs variations.
Le point de départ de la réflexion de Bernard Lahire : le tableau de Paul Gauguin (1848-1903), “D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?” (1897). Huile sur toile, 139 x 375 cm. Conservé au musée des Beaux-Arts de Boston (États-Unis). © Domaine public
« D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » : le célèbre tableau de Paul Gauguin représentant les différents âges de la vie humaine place d’emblée le cadre de la réflexion du sociologue Bernard Lahire, auteur d’un ambitieux essai, Les Structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023), une somme de près de 1 000 pages. Partant des questions existentielles formulées par le peintre, l’auteur se propose moins de déployer une analyse esthétique de la toile que de fonder, à partir de la manière dont Gauguin représente des modes de relation et de dépendance entre des enfants et des parents, une réflexion générale sur « les structures fondamentales des sociétés humaines » donc. Car l’essentiel des lois sociales se joue dans des relations de dépendance. L’enjeu du livre imposant de Lahire – ces presque mille pages sont très denses – tient à sa volonté audacieuse de dépasser la dimension philosophique de la trilogie interrogative de Gauguin pour la tirer vers une réflexion scientifique, intégrant autant la biologie de l’espèce que l’éthologie comparée, la paléo-anthropologie que la préhistoire, l’histoire et l’anthropologie que la sociologie. Aspiré par la volonté d’unifier les sciences sociales (la bibliographie fait elle-même plus de trente pages !), le sociologue tente d’identifier les propriétés universelles de l’espèce et les variations issues de ces invariants. Ce que cherche au fond Lahire au fil de sa patiente démonstration, c’est de définir une « loi générale » des sociétés, « en montrant, par la comparaison interspécifique et inter-sociétés, que des constantes, des invariants, des mécanismes généraux, des impératifs transhistoriques et transculturels existent bel et bien, et qu’il est important de les connaître, même quand on s’intéresse à des spécificités culturelles, géographiques ou historiques ».