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La politique n’est-elle qu’un rapport de forces ?
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Cet article est issu du numéro 166 de Philosophie magazine « Préférons-nous l’ordre ou le désordre ? », en kiosque le 12 janvier 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« La politique »
L’exercice du pouvoir politique, l’existence d’une communauté politique.
« un rapport de forces »
Des rapports de domination et de soumission, le conflit, la simple opposition.
Défrichage
Premières intuitions
Lorsque nous parlons des hommes politiques, nous parlons de ceux qui nous gouvernent. La politique serait donc d’abord l’affaire de ceux qui exercent le pouvoir. Vue sous cet angle, elle ressemble à un champ de bataille, on parle d’ailleurs de « forces politiques » pour évoquer les partis.
La force, c’est aussi celle dont la société dispose ou fait usage face à l’État, et inversement. Peser dans le débat, l’opinion et l’espace publics, tel est l’enjeu pour exister en politique. À ce jeu-là ne gagnent que ceux qui bénéficient d’un rapport de forces favorable.
Mais la politique a aussi une autre signification. Revenons à son étymologie : polis, la « cité » en grec. Le face-à-face entre l’État et la société n’a ici plus de sens : la politique est l’affaire de tous les citoyens. Il ne s’agit plus alors de peser dans un rapport de forces mais, au contraire, de partager un destin commun.
Exemples qui viennent à l’esprit
Pour le lanceur d’alerte Edward Snowden, dénoncer la surveillance massive mise en place aux États-Unis après le 11-Septembre vise à éviter que l’État ne se dote d’outils si puissants qu’ils déséquilibreraient de façon définitive le rapport de forces entre l’État et la société.
Dans son ouvrage Le Prince (1532), Machiavel s’inspire de César Borgia qui envoya un « homme cruel et expéditif » pour instaurer la paix dans le pays, en usant d’une autorité excessive. Borgia lui en imputa la responsabilité en le faisant exécuter sur la place publique. L’exercice du pouvoir politique nécessite donc à la fois force et ruse. Le Prince se fait alternativement lion et renard.
La grandeur d’un homme politique tel Nelson Mandela, c’est d’avoir résisté à la tentation de la violence et des rapports de forces pour chercher à refonder une nation sur l’union.